farioli
16 sept

Constantia (1)


Warning: file_exists() [function.file-exists]: open_basedir restriction in effect. File(/mnt/124/free.fr/e/8/catastrophy.b/wordpress/wp-content/plugins/image-shadow/cache/38c93bd3a28f61d98053c65d42452b82.jpg) is not within the allowed path(s): (/mnt/109/sdb/e/8/catastrophy.b) in /mnt/109/sdb/e/8/catastrophy.b/wordpress/wp-content/plugins/image-shadow/image-shadow.php on line 198
dsc01142.jpgTiré d’un très vieux texte… qui encore me taraude le cortex :

Constantia ! Constantia ! Constantia !

Notre palier comprenait trois chambres occupées par trois filles. La première avec laquelle je commençais à me lier, ne correspondait en rien à mon parcours – qui l’eut pu. C’était une bretonne, amoureuse de voilure de misaine, qui travaillait comme institutrice à Colombes, assez jolie avec une tête d’ocelles limpides, peignée de pailles réunies en gerbe. Son allure était désordonnée sans dépasser l’inconvenance. Ses beaux gestes se gâtaient, par ses phalanges teintées de nicotine autour d’anneaux d’argents et d’une aigue-marine, par ses ongles douteux, certains rongés, d’autres rognés. Curieusement, cette amazone au caractère trempé d’Atlantique, se noyait à marée basse. Son métier la perturbait, parce qu’elle n’avait aucun sens de la discipline et des manières autoritaires si indûment ciblées, qu’elle rentrait toujours d’une journée de travail en larmes. Les enfants la submergeaient sans qu’elle puisse répondre à leur furie. Tout m’échappait en ce qui concernait son conflit. Je ne savais que faire d’autre pour elle que de l’écouter et répondre de mon mieux avec la douceur qu’il fallait pour infléchir ces instants vers la paix. Elle finissait la soirée dans les effluves d’un thé au jasmin, fumant une dernière Gauloise sans filtre, en écoutant des chansons puériles qui la bouleversaient parce qu’elles parlaient d’horizons. Ce premier week-end de janvier, nous bénéficiâmes de l’occasion faste d’un appartement de sa cousine en banlieue nord. De la Salle des Pas Perdus à la rue d’un colonel quelconque effacée de brumasse, il fallut beaucoup d’hilarités et de parlotes pour y arriver. L’Eden. Un palais de cube à loyer modéré, avec une baignoire de rêve où nous nous enivrâmes de mousse, jouant chacune à notre tour à des publicités. Il y avait un salon moquetté meublé de Style Atomique, où nous passâmes la nuit, allongées sur le dos, à chanter, à jaspiner, et à nous confier des légèretés. Elle me parla avant le lever du jour de ses amours, du sexe des hommes, de ses propres jouissances, des garçons – elle préférait rencontrer des marins grecs que des pilotes de lignes – et j’appris plus sur ma mort antique que jamais. J’oubliais un instant de me croire disparue pour espérer un désir rompu sur des bris d’asphodèles… Chère Irénée, voici le moment éternel où nous allons croiser au large, Constantia… La question irrésolue et insoluble des finalités ne peut pas se poser en termes universels univoques, mais probablement en termes singuliers équivoques. Qui adjugerait que la dette du monde ne soit que la mise en place d’une destinée unique ? Un poète arabe qui m’est intime à dit que les mouvements de l’air et ceux des brins d’herbes, depuis le début des temps, n’existent que pour servir un jour l’inspiration d’un seul vers. Qui écrira ce vers demande-t-il ? Cette impression dépliée, que le monde n’existe que pour l’abîme compact de celui ou celle qui s’est livré et délivré, page après page. Tous les Ulysse incisés dans nos âmes, ne sont qu’une aile, qu’une envolée ; les autres choses, des vapeurs d’un thé jusqu’au plus lointain des nuages stellaires, ne furent que les variables nécessaires à son assistance.
Le monde ne fut que pour Constantia.